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Nouvelles

Eric LAHMY : Bienvenue Monsieur Lagardère (mars 2007)

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Eric LAHMY : Bienvenue Monsieur Lagardère (mars 2007)

 

Pour beaucoup de gens dans le sport, votre stratégie a tout de l'éléphant dans le magasin de porcelaines. Question de taille. Peut-être aussi n'entendez-vous pas faire une entrée discrète dans le sport. Il y a quelque chose, dans vos débuts dans ce monde, de ce que fut le mouvement de Lamar Hunt aux USA. Lamar Hunt, qui vient de mourir dans sa soixante quinzième année, a eu droit à une gerbe d'épithètes louangeuses : entrepreneur, visionnaire, gentleman. Il n'en a pas toujours été ainsi. Fils d'un milliardaire du pétrole, passionné de sports, il créa une ligue de football américain, la fédération de football d'Amérique du Nord, fut le co-propriétaire co-fondateur des Chicago Bulls (basket), et de plusieurs autres franchises. Ses intérêts en tennis ne représentaient guère qu'une petite part de ses investissements ; mais sa création, en 1967, du Circuit du Tennis professionnel, fut le début de l'ère open. Pour contrer le danger que représentait ce circuit, le président de la Fédération internationale de Tennis, le Français Philippe Chatrier, opéra un rapprochement avec l'Olympisme.

Lamar Hunt dérangeait. Pas tant outre-Atlantique, où le sport n'échappe pas à l'idée bien ancrée de libre entreprise. Où le sport marche sur deux jambes qui sont l'université et le business, et où le sport civil est réduit à sa plus simple expression.

En France, en revanche, ce ne sont pas les structures sportives qui manquent. Le ministère, le Comité olympique, comptent leurs 14 millions de licenciés, regroupés dans plus d'une centaine de fédérations, quadrillés par des pléiades de conseillers techniques et sportifs divers. Ce travail, mené avec acharnement, a conduit le sport français des résultats qui avaient atterrés le général de Gaulle en 1960 aux performances enviées qui sont les siennes aujourd'hui.

Votre arrivée dans ce paysage correspond à une nouvelle donne que je comparerais cette fois non pas aux USA mais bien à la Russie, celle du glasnost et de la perestroïka où, vers 1990, après un demi-siècle d'économie programmée, on a demandé au système de produire son propre budget, voire de dégager des bénéfices. Si l'on en juge par leurs résultats, les Russes s'en sont assez bien sortis.

La déferlante libérale, qui a changé le football avec l'arrêt Bosman, atteint aujourd'hui une forteresse sportive qui n'a pas le sentiment d'avoir démérité. Pourtant, il faut changer, et ce n'est pas vous qui avez délivré une telle injonction.

Aussi, cette méfiance à votre égard d'une partie non négligeable des dirigeants sportifs ressemble à s'y méprendre à une injustice. Bien sûr, les méthodes des affaires ne sont pas celles de l'administration du sport à l'ancienne. Mais est-ce un mal ? Qu'un grand industriel comme vous s'intéresse au sport dans son ensemble représente un gros progrès, dans une nation dont on s'ingénie à dire qu'elle n'est pas sportive quand tout tend à démontrer le contraire. Votre père avait inauguré le mouvement autour de Matra.

Quant à vos combats, ils plaident en votre faveur. Ils montrent que vous connaissez le sport, que vous vous y intéressez et que vous cherchez à le développer. Vous avez été le rassembleur de l'équipe qui a mené l'aventure de la candidature parisienne aux Jeux Olympiques de 2012 et il n'allait pas de votre faute si celle-ci a échoué. Peut-être pour qu'elle réussisse aurait-il fallu deux, trois, ou plusieurs Lagardère ? Puis vous avez repris la Croix Catelan au Racing club de France et il ne fait aucun doute que vous y ferez beaucoup mieux que l'administration précédente. Quelques amis du Racing auraient bien aimé que vous rachetiez en plus le Stade de Colombes, mais même votre bénévolat a ses limites.

Enfin, investir dans l'athlétisme comme vous l'avez fait relève du mécénat pur et simple, voire de l'aventure, vu la situation dans laquelle se situe ce sport aujourd'hui en France.Où se niche donc l'affairisme, ou le machiavélisme dans vos actions ?

Ceux qui vous craignent tremblent-ils pour des places, ou bien par peur du changement ? Ce qui est sûr, c'est qu'ils se trompent. Il y a peut-être un manque d'élégance et sans aucun doute un manque de réflexe dans leur inquiétude. Vous ne venez pas prendre des places, mais, peut-être, seulement caresser un rêve d'enfance.

Voici pourquoi, quels que soient votre taille, votre poids, dans cette affaire, je n'aimerais pas qu'on dise dans vingt ans « on a raté une sacrée opportunité » ; et voilà pourquoi je soufflerai au sport français cette adresse :  « bienvenue, monsieur Lagardère ».

 

Eric LAHMY (journaliste)

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