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Marc VANTOUILLAC : Qu'en aurait dit Nelson ? (juin 2006)

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Marc VANTOUILLAC : Qu'en aurait dit Nelson ? (juin 2006)


C'était à la fin des années 80. Nelson Paillou, alors président du CNOSF, tenait régulièrement le discours suivant : « Le sport est à un tournant, si nous le négocions bien, le sport restera porteur de ses valeurs. Mais si nous ratons ce virage, nous retournerons aux jeux du cirque. »
Quelle lucidité ! Nelson -y a-t-il quelqu'un qui l'appelait autrement que Nelson ? -  avait parfaitement analysé la situation. Et il n'est pas certain que la situation actuelle du sport soit celle qu'il a défendu sa vie durant.

 Au cours des vingt dernières années, le sport a évolué (et évolue encore) vers plus de professionnalisation et de privatisation. Ce n'est peut-être pas un mal, mais c'est la force du sport français (et de l'Insep) que de faire en sorte que tous les sports olympiques bénéficient de moyens, sans soucis de retombées autres que les résultats.

 L'état d'esprit des sportifs a également changé. Porte-drapeaux modèles de l'athlétisme français pendant une quinzaine d'années, Jean Galfione et Stéphane Diagana tenaient à peu près le même discours au moment de ranger les pointes:  « Quand nous avons débuté l'athlétisme, et même le haut niveau , c'était certes pour réussir, pour gagner. Mais nous ne pensions pas en faire notre métier. » . Or aujourd'hui, dès 18-20 ans, un jeune a dans la tête son plan de carrière et voit l'argent qu'il pourrait gagner. Pas de quoi s'en offusquer, même s'il y a un côté miroir aux alouettes qui peut faire mal à moyen terme.

 Les mentalités changent donc. Et, sans paraître passéiste, on peut parfois le regretter. Ne serait que pour l'ambiance. Le sport est une fête et doit le rester. De cela aussi, ce bon vivant de Nelson Paillou était convaincu.

 Cela n'exclut pas un comportement professionnel dans la préparation et la compétition. Dans tous les sports présents à l'Insep, il n'y a pas de place pour le dilettantisme et la rigueur est parfois plus grande encore dans des sports difficiles et sans réelles retombées financières. Quiconque, par exemple, sait ce que représente la préparation d'un lutteur ne peut être qu'admiratif. Mais si à la fin de sa carrière, le lutteur sera plus riche d'aventure humaine, son portefeuille n'aura guère gonflé. Et le raisonnement peut valoir pour un rameur, un escrimeur ou un tireur à l'arc.

 Le sport a évolué également vers plus de médiatisation et de paillettes. Nombre de disciplines cherchent à savoir comment mieux se vendre pour que la télévision, ce média incontournable, s'intéresse plus à eux, attirant en ricochet les indispensables sponsors. On raccourcit les sets, on diminue le nombre d'essais, on rend les tenues plus affriolantes pour attirer vers soir les projecteurs. Cela paye parfois. Un peu. Très peu. Trop peu si on doit y laisser son âme. Car de toute façon, quelque soit la manière dont on se contorsionne, il y a peu de chances qu'à l'audimat une régate d'aviron ou une finale d'escrime (sinon olympique) attire autant de téléspectateurs et de sponsors qu'un match de D2 (pardon de ligue 2) de foot. Le combat est, pour l'essentiel, perdu d'avance.

 Les retombées ne correspondront sans doute hélas jamais, à l'effort fourni.  Mais ce qui fait la beauté, la force de ces sports, ce sont les valeurs qu'ils portent. Il faut qu'ils s'y tiennent et les défendent. Et pas seulement pour la mémoire de Nelson...

 Marc VANTOUILLAC  - Journaliste

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