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Didier BRAUN : L'entraîneur, les médias (janvier 2006)

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Didier BRAUN : L'entraîneur, les médias (janvier 2006)

 

Lançant la série de soirées débats organisées par l'A.INS, Jean Poczobut est intervenu sur la place de l'entraîneur dans l'évolution du sport, en illustrant de façon limpide sa description de quarante ans d'histoire. Il l'a en quelque sorte jalonnée de symboles technologiques (chronomètre, caméscope, ordinateur) qui étaient autant d'outils au service de sa mission. Et il a avoué sa satisfaction de ne pas avoir connu le temps du « cyberathlète».

 

Le journaliste - de presse écrite, il me semble bon de le préciser et traitant essentiellement de football, ce qui n'est pas anodin non plus - qui écoutait ces propos et le débat qui suivit, fit aussitôt le rapprochement avec l'évolution technologique que son propre métier avait connue, sensiblement dans la même période. Pour reprendre le cheminement décrit par Poczobut, on pourrait aller du temps du carnet de notes et des sténos à celui de l'ordinateur, du téléphone portable et des e-mails. Plus largement, les mêmes quarante années ont connu une extraordinaire révolution du paysage dans lequel a vécu le couple sport-médias. Bien que les feux de la rampe du sport-spectacle ne soient pas directement braqués sur eux, l'entraîneur et le journaliste sont, malgré tout, deux des acteurs prépondérants de cette vie de couple à laquelle le football a été confronté plus vite que les autres, plus durablement, plus pesamment (ce qui, contrairement à ce qu'on a pu entendre ce lundi de janvier, ne saurait cependant lui ôter toute prétention à se considérer encore comme un sport).

 

Tout en étant situés à des endroits différents de la « chaîne de production sportive », et bien que pouvant être en situation de conflit l'un par rapport à l'autre, il me semble que l'entraîneur et le journaliste sont les mieux placés pour reconstruire une éthique, tant la médiatisation, la mondialisation, la privatisation, la marchandisation des sports - mot que je mets au pluriel à dessein - ont bouleversé les manières anciennes d'appréhender la pratique, l'éducation, la culture et le spectacle sportifs. Ce premier lundi de janvier, on a bien compris que les entraîneurs, même ceux de disciplines moins engagées dans l'implacable logique du business, ont pour nécessité de resituer leur action et leur discours dans ce contexte économique, y compris dans la redéfinition éthique de la relation entraîneur-entraîné.

 

Parallèlement, le journaliste s'interroge sur les valeurs que doit véhiculer son métier, sans lesquelles il perdrait sa crédibilité de « médiateur » honnête, en n'étant plus qu'un bateleur médiatique. Pourra-t-il encore longtemps défendre une logique du jeu (autre façon de parler de morale sportive) quand le sport et lui-même sont emportés par une logique de l'enjeu ? Où va-t-il se situer dans ce cirque médiatique où il est plus important de faire du spectacle, de la communication et - évidemment - du chiffre que, simplement, de transmettre de l'information ? Lui est-il encore possible de répondre à l'espoir de notre cher Jacques Marchand, de le voir « s'engager dans une croisade pour que le sport revienne à ses sources et à ses principes d'éducation de l'homme et du citoyen » ?

Messieurs les entraîneurs du XXIe siècle, pouvez-vous nous aider à savoir si le sport d'aujourd'hui - et donc vous - cherche à créer de la performance ou à créer de la richesse ?

Didier BRAUN- Journaliste

 

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